L’explication est que, grâce à l’aide de l’Office métropolitain de l’habitat (OMH), l’association humanitaire est maintenant à l’aise dans près de 400 m2. Tout respire l’ordre et l’organisation. Et comme on est dans un des Restos, les bénévoles sont souriants et amicaux.

Au tout début de la chaîne, les bénéficiaires attendent sagement de rendre leur carton bleu avec leur numéro d’ordre. Ils viennent à l’heure qui leur a déjà été prescrite. Il n’y a donc aucune bousculade et les échanges sont paisibles.

Le bénéficiaire a sa fiche avec les quantités qu’il peut prendre en fonction de la composition de son foyer. Les bénévoles sont chacun à la tête d’une partie du stock. Par exemple, Gladys explique à une dame pourquoi elle ne peut prendre douze pièces de chaque article, en l’occurrence des laitages, mais que chaque pièce correspond à un point (ou plusieurs), et qu’il faut arriver à ce total de douze.

La pauvreté

« L’augmentation des bénéficiaires au Haut-du-Lièvre est la plus importante des 36 centres de distribution du département. Plus de 50 %, quand nous avons ouvert les inscriptions », explique Jean-Pierre Oriol, le président des Restos du Cœur 54. « Aujourd’hui, huitième semaine des distributions d’hiver, nous en sommes toujours à + 28 % ! »

La pauvreté n’est manifestement pas en régression. « Il y a de plus en plus d’étudiants qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, et des personnes âgées qui ne pourraient pas s’en sortir sans les Restos. J’en connais qui vivent en début de mois avec 30 €. Comment faire ? Il y a aussi des médecins, des avocats. Personne n’est à l’abri d’un pépin, divorce, maladie, perte de travail… »

L’augmentation insidieuse de toutes les charges est en grande partie responsable de cet appauvrissement, plus que le chômage massif qui est déjà ancien… « Il y a aussi une augmentation des migrants, surtout d’Albanie, d’Afrique Noire. C’est vrai, en particulier, dans le Pays Haut, à Longwy, où viennent des migrants depuis le Luxembourg, l’Allemagne, la Belgique où des structures comme la nôtre n’existent pas. Ici, tout est gratuit. »

Les Restos, dans le département, ce sont 840 bénévoles, qui font un vrai travail, mais aimeraient du renfort.

« À Villerupt, par exemple, la moyenne d’âge des bénévoles est de 90 ans ! » Ils ne se posent pas la question de leur utilité. « S’il fallait nous payer », explique Jean-Pierre Oriol, « ce centre coûterait 7 à 800.000 € annuellement. Et il y en a 36 dans le 54. Le budget de l’État exploserait à financer tous les départements.

C’est une mission que nous remplissons à sa place… »

Les 1.700 bénéficiaires annuels du seul centre du Haut-du-Lièvre et les 17.710 de Meurthe-et-Moselle ne s’en plaignent pas…

Guillaume MAZEAUD (Est Républicain du 16 janvier 2018)